Silo

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Dans un vaste complexe souterrain, le Silo, résident l’une des dernières communautés humaines. L’atmosphère terrestre, désormais hautement toxique, n’est plus propice à la vie. L’air empoisonné a depuis longtemps eu raison de cette chose étrange que les ancêtres appelaient « la nature ». Seule la mort attend ceux qui osent s’aventurer dehors.

Pour survivre, les habitants du Silo recourent à la loi, il est interdit d’évoquer le désir de quitter l’habitat troglodyte rudimentaire dont la cohésion réclame toute l’attention du maire et du shérif. Ceux qui outrepassent les règles et font part de leur envie d’arpenter le monde extérieur sont immédiatement nettoyés : ils devront affronter seuls l’oxygène mortel d’une ancienne terre qui ne veut plus de ses enfants. Cependant, avant que le décès survienne, les condamnés à mort prennent à chaque fois le temps de nettoyer les caméras du Silo qui donnent sur le monde extérieur. Mais pourquoi, jusqu’à présent, l’ont-ils tous fait ?

Avec Silo, Actes Sud frappe fort pour lancer sa nouvelle collection Exofictions, consacrée à la Science-fiction et aux littératures de l’imaginaire. Quand le Shérif Holston, décide de rejoindre sa femme dans l’autre monde en provoquant son nettoyage, il ne se doute pas que sa condamnation à mort va faire basculer ce reliquat de l’humanité dans l’instabilité et provoquer de profonds bouleversements qui changeront à jamais le destin de cette petite communauté de survivants.

Le roman d’anticipation, et plus particulièrement du type « survie post-apocalyptique » est à la mode. Tant et si bien que les productions pullulent et se ressemblent, ne donnant que peu d’intérêt au genre. Heureusement, de temps à autre, parait une œuvre qui mérite qu’on s’y attarde. Silo est de cette espèce, à la fois bien écrite et à l’intrigue redoutable. À la librairie, nous ne pouvons que vous le conseiller.

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Correspondances Vita/Virginia

« […] de petites poignées de neige en Allemagne, de neige plus étendue en Pologne, de neige partout en Russie. De noires forêts de sapins courbées par la neige ; des paysans vêtus de peaux de moutons ; des traineaux ; des rivières vertes et glauques figées en blocs de glace. Tout cela très beau et interminablement mélancolique. Imagine un peu la vie dans un pays comme ça, on doit se prendre pour un malheureux petit point noir en plein milieu d’une plate blancheur s’étendant à l’horizon jusqu’en chine. Et puis voilà Moscou, avec ses toits dorés, verts, rouges, bleus au-dessus de la neige ; et l’écarlate drapeau soviétique, éclairé par en dessous, la nuit, exactement comme dans les colonnes de Selfridge, flottant au dessus du Kremlin ; et toute cette circulation allant et venant sur le fleuve gelé comme si c’était un route ; et tous ces traîneaux partout, et ces cochers emmitouflés de paille »

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La problématique liée à la publication des correspondances fait partie des récurrences de l’histoire de la littérature. Faut-il ou non les publier ? Est-ce plus qu’une simple incursion dans la vie privée ? Comment moi, simple lecteur, puis-je m’emparer de ce substrat ô combien personnel pour le transfigurer en construction plus vaste. Toutes les correspondances d’auteurs contiennent-elles une substantielle moelle saisissable, viable en dehors de tout procédé épistolaire ?

Pourtant, la présente correspondance entre Virginia Woolf et Vita Sackville-West dissipe immédiatement l’équivoque à cet égard : une indéfectible amitié lie ces deux anglaises, qui, toute leurs vies durant  partageront petites et grandes histoires par encre interposée. Sackville-West n’oubliera jamais de s’enquérir de la bonne santé de son amie et lui contera ses voyages. Cette correspondance peut s’enorgueillir de receler en elle nombre de descriptions de paysages laissés par Sackville-West. On s’imagine Virginia transportée par ces récits, elle-même qui se débat avec ses démons qui feront d’elle la grande romancière de son temps. L’acide fresque de la société anglaise de l’avant-guerre permet quant à elle de prendre la température de toute une époque et d’entrevoir le recul ironique qu’en ont nos deux protagonistes.

Les discussions autour de Proust ou Gide restent pour ma part anecdotiques sans pour autant manquer d’intérêt. Je retiens de cet ouvrage que Vita S.W est dotée d’un talent épistolaire de premier plan dont l’exégèse n’aurait pu se passer.

C’est en 1922 que Virginia Woolf rencontre Vita S.W pour la première fois. Vingt et un an plus tard, Virginia se suicidait en remplissant ses poches de cailloux avant de se jeter dans l’Ouse. De cette histoire, la correspondance nous en conte l’entre-deux. Et c’est toute une époque que l’on revisite à travers elle.

« Je continue de penser que j’aurais pu la sauver si seulement j’avais été sur place et si j’avais pu savoir l’état d’esprit vers lequel elle évoluait »                               

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Le sourire de Mao

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La Belgique a implosé dans des circonstances inconnues et sur le flanc sud de ses cendres un nouvel état a vu le jour : la République Démocratique de Wallonie. Micro-état nationaliste et fascisant, enfoncé dans un marasme économique qui n’augure rien de bon. Le Président Delcominette en est le dirigeant incontesté. Cet individu aux mœurs et à la morale légère a choisi d’inaugurer un nouveau musée « L’espace espoir » dont la pièce maîtresse est la dépouille de Mao, achetée à la Chine.

Dans la haie d’honneur qui compose le parterre des militants acquis à la cause du président se trouve Ludmilla. Cette jeune fille pleine d’énergie est membre des Fauves de Hesbaye, milice paramilitaire qui fait la fierté du président puisqu’il en dit lui-même qu’après tout « les dindes de Hesbaye, c’est quand même plus sexy que le bataillon des commandos de Flawinne ».

Tout va basculer pour Ludmilla lorsque sa cheftaine va provoquer un jeune garçon réfractaire à l’idéologie dominante et que celui-ci va riposter, blessant par erreur Ludmilla. Pour ce crime, Antoine écopera de trois mois de rééducation en camp d’internement. À sa sortie, il croise régulièrement la jeune fille et cherche à recevoir son pardon, sans grande réussite. Mais un jour, Ludmilla accepte de lui parler, mieux il semblerait même que ce soit les prémices d’une relation plus intime. Mais dans un état paranoïaque, sans cesse entrain de traquer des prétendus opposants, peut-on vraiment faire confiance à ceux qui nous entourent ?

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Le sourire de Mao est une très bonne surprise qui confirme, si besoin en était, la qualité des productions de Futuropolis. Le tour de force des auteurs est de nous plonger dans une atmosphère surannée et bon enfant. L’espace d’un instant, on se demande même s’ils ne vont pas nous conter l’histoire de scoutes cathos des années 60’ dont l’une arbore un jour un t-shirt à l’effigie de Mao. Mais rapidement, le récit plonge dans une dystopie à la 1984 d’Orwell (ou « Nous autres », précurseur oublié du genre) et tout ceci devient bien moins amusant à lire. Le côté un peu absurde est vite rattrapé par la mécanique totalitaire du régime et finit par nous emporter jusqu’à la dernière page. Avec en prime le plaisir de reconnaître de nombreuses rues de Namur et de ses environs.

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Brève anthologie de Science-fiction (Partie 1).

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Longtemps considérée comme un sous genre de niche, paralittéraire et mauvais-genre, la Science-fiction a payé le prix fort son ancrage dans la culture populaire. Si, dès les années 60, le genre fédère un large public, il n’en reste pas moins mis sur le banc d’écart d’une littérature qui se veut « parler des choses qui comptent ». Or, et c’est bien là toute la curiosité de ce rejet, la SF est le style par excellence des « choses qui comptent ». Le XXème a vu émerger quantité d’auteurs de SF et parmi eux, quelques comètes : Asimov, Simak, Bradbury, K Dick, Lovecraft, Orwell, Barjavel … (n’en déplaise aux orthodoxes quant aux deux derniers).

Les vieux briscards de l’espace, habitués à se repérer dans le vide intergalactique, vous diront que j’en oublie au bas mot une dizaine. Si vous êtes capables de faire la différence entre « supersonique » et « hyperespace », d’avance mes excuses de ne pas dire un mot de 2001 L’odyssée de l’espace ou Dune (et HG Wells, Verne, Clarke, Huxley..).

Demain les chiens, Simak.

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Le livre est un recueil de huit nouvelles qui misent bout à bout forment un ensemble cohérent. Des nouvelles, ou plutôt des contes que se transmettent de génération en génération les chiens, des milliers d’années après la disparition de l’humanité. Entre chaque nouvelle, un auteur anonyme évoque les débats qui font rage dans les hautes sphères intellectuelles canines. Bounce est d’avis que seul le chien est une espèce douée d’intelligence, Rover, lui, ne voit dans les contes que des traces mythologiques des anciennes civilisations canines. Tige, enfin, défend la thèse historique : les humains ont existé dans un passé lointain.

La première nouvelle évoque la fin de la cité, grâce à l’agriculture hors-sol et les déplacements accélérés, l’homme n’a plus besoin de vivre en groupe. Ceux qui s’accrochent encore et toujours aux villes ne sont plus que de vieux nostalgiques aux relents passéistes.  John Webster  va se charger de le faire savoir au maire local.

Dans La Tanière, seconde nouvelle, Jérôme Webster, descendant direct de John et éminent médecin exobiologiste, va initier la faute originelle d’un monde en devenir. Son ami philosophe martien, Juwain, tombe malade juste après avoir découvert une nouvelle philosophie qui va faire progresser l’humanité « de mille ans instantanément ». Jérôme est le seul à pouvoir le soigner, mais il est lui-même rongé par l’angoisse des voyages dans l’espace et l’agoraphobie : il n’embarque pas sur la navette et Juwain meurt, emmenant avec lui sa philosophie révolutionnaire.

Bien plus tard, dans les nouvelles qui suivent, les états sont amenés à disparaitre, les robots s’activent, l’humanité découvre que sa perte réside dans son aspiration au bonheur. Les chiens parlent par la grâce des hommes, des mutants rôdent, et chez Simak, le meilleur s’avère bien souvent être le pire. Et ce qui pourrait n’être qu’un empilement d’histoires disparates à première vue bien étrange se transforme en chef-d’œuvre.

Il est difficile d’expliquer ce qui fait de Demain les chiens, un chef d’œuvre. Est-ce son univers onirique sans pareil, cette impression d’être dans un rêve éveillé, la portée philosophique du récit ou ce qu’une confrontation de l’homme à d’autres espèces intelligentes révèle de lui-même ? C’est de la fin de l’humanité dont il est question ici et Simak l’aborde avec douceur et sensibilité, comme si tout cela était normal. Un roman vertigineux, Houellebecq ou (feu) Jacques Sadoul eurent raison de qualifier  Demain les chiens : « Un des rares chefs-d’œuvre de la science-fiction ». Vertigineux !

La Horde du Contrevent, Damasio

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Un livre déroutant, exigeant, inclassable et poétique jusqu’à la moelle. Quelque part, sur une planète inconnue balayée par des vents violents, un groupe de 23 hommes et femmes, la 34ème horde du contrevent, est chargée de trouver la source du vent. Cela fait vingt-huit ans déjà qu’ils sont en route et qu’ils doivent jour après jour « contrer » cette tempête permanente qui cherche à les repousser. La horde est une, à elle seule elle forme une entité vivante presque autonome, ses membres en sont les cellules qui donnent corps à l’ensemble. Pourtant, les personnages qui la composent n’en restent pas moins crédibles et attachants. Tous sont désignés par un signe typographique, entre autre exemple le Traceur, dirigeant de la horde qui se voit attribué le signe de l’oméga.

En fait, pour peu que vous vous y plongiez, la Horde du Contrevent est un roman bouleversant, une grande et fantastique ode à la quête éternelle de vérité qui nous habite tous. Pourtant, lourd de 700 pages, donnant la parole à ses 23 personnages et usant (abusant ?) d’un style complexe, voire fastidieux, ce roman a tout pour faire fuir ses lecteurs. Et si ce n’est pas le cas, dès la centième page dépassée, vous vous accrocherez, vous êtes dans la horde après tout, non ?

Un OVNI dont la première publication n’a même pas dix ans. Une fois le livre refermé, on ne peut qu’éprouver l’impression diffuse d’avoir vécu une incroyable aventure humaine qui en valait plus que la peine. Et si le prix est lourd à payer pour accéder à cette sensation unique (l’autosuffisance stylistique frise parfois l’insupportable), on se dit au final que le jeu en valait la chandelle.

Le Cycle de Fondation, Asimov

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À la base nouvelles éparses, Fondation a depuis gagné en substance avec ses sept livres. Nous sommes des dizaines de milliers d’années dans le futur, l’humanité s’est répandue dans toute la galaxie, elle compose actuellement une immense toile de 25 millions de mondes habités. Soit un milliard de milliard d’habitants. De quoi donner le vertige à l’Empire Galactique qui administre l’ensemble des planètes et de ses habitants.

À l’aube du douzième millénaire de l’ère galactique nait la psychohistoire. Cette nouvelle science, inventée par Hari Seldon, est capable de prédire l’avenir grâce aux mathématiques. Et la sentence est sans pitié pour l’humanité : l’empire s’effondrera et s’ensuivra 30000 années de barbarie. Il est possible de ramener le tout à 1000 ans et pour ça, Hari Seldon à un projet colossal : La Fondation dont le but est de collecter toutes les connaissances humaines.

Mythe fondateur comme son nom l’indique, le cycle d’Isaac Asimov a marqué à tout jamais l’histoire de la SF. À ce titre, le roman fut récompensé par le prix Hugo de « meilleure série de science-fiction de tous les temps ».

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Mai 2013 : Meilleures ventes littérature

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Et Nietzsche a pleuré

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Aucune discipline n’est si souvent évoquée, et pourtant si peu comprise, que ne l’est la psychanalyse. La philosophie, de son côté, même si elle suscite une curiosité croissante, continue de rebuter les lecteurs par son apparente complexité. Les éditeurs l’ont bien compris et c’est pourquoi sur les étals de la librairie vous trouverez bien souvent des ouvrages de vulgarisation au titre aussi évocateur que : Tout savoir sur la psychanalyse ou encore La Philo en 3 minutes par jour.

Vous vous doutez bien qu’il n’y a strictement rien à retirer de concret de ce genre d’ouvrage et qu’un vague survol de concepts théoriques parviendra à peine à vous rendre intéressant lors d’un dîner entre amis (à la condition de ne pas se faire voler la vedette par un invité adepte de blagues bien grasses).

Tout ceci pour vous dire qu’il existe mieux : les romans d’Irvin Yalom. Car oui, il s’agit bien ici de romans, au suspense digne d’un excellent thriller et qui pourtant nous parlent de séances psychanalytiques ou de philosophie. J’en prends pour exemple cet incroyable livre qu’est Et Nietzsche a pleuré, une savoureuse uchronie dans laquelle Lou Salomé se rend à Vienne pour forcer Josef Breuer, dont les travaux inspirèrent grandement son jeune ami Sigmund Freud,  à prendre en charge Nietzsche. Toute la suite du livre n’est qu’une occasion d’évoquer à la fois la pensée nietzschéenne et les balbutiements des théories échafaudées par Freud quelques années plus tard. Et même si l’auteur se révèle parfois un peu trop partisan, donnant bien souvent le dernier mot à la discipline dont il a fait son métier (professeur émérite en psychiatrie), les informations qu’il distille n’en sont pas moins rigoureuses.

Je ne peux que vous conseiller les nombreux romans d’Irvin Yalom, que ce soit comme porte d’entrée ou simple distraction.

À lire du même auteur : Mensonge sur le divan, Le cas Spinoza, la méthode Schopenhauer.

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13E NOTE EDITIONS

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Il en est des auteurs qui trempent la plume dans l’encre pour composer leurs récits : grandes sagas familiales, épopées historiques, thrillers haletants et page turner à l’efficacité redoutable. Généralement, cette espèce voyage en groupe, veillant à rester sur les grands axes bitumés, traversant sans heurt l’existence. Une existence qui, chez les spécimens les plus chevronnés, se fait longue et heureuse. Pourtant, si l’on prend la peine de s’aventurer par les chemins de traverse, on y croisera de temps à autre quelques prodigieux déjantés. Des auteurs qui à l’encre préfèrent le souffre. Chez qui chaque ligne fait des étincelles, embrasant au passage bon nombre de certitudes des lecteurs. Bienvenue chez un éditeur qui sait différencier l’autofiction du témoignage, bienvenue chez 13èmenote. En bons astrologues, l’équipe de 13ème note parvient à repérer ceux qui de tous les astres sont les plus mystérieux et les plus rares : les étoiles filantes.

Hold-Up de Patrick O’NEIL,

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« Les braquages de banques sont des saloperies. Même lorsque c’est moi qui suis au volant, j’ai une telle décharge d’adrénaline qu’après je plane pendant des heures. Être à l’intérieur, c’est encore pire. On est complètement survolté. Tous ces gens qui vous fixent, terrifiés comme pas possible – il faut maîtriser parfaitement son comportement intimidant pour garder le contrôle de la situation. Ça c’est de la performance d’acteur, bébé ! »

Hold-up, c’est l’histoire largement autobiographique de l’auteur, lui et Jenny, fou d’amour, junkies notoires toujours fauchés, héroïnomanes sans cesse sur la brèche. Tout le livre transpire d’un romantisme brut, entrecoupé des réminiscences de sa jeunesse jusqu’à ce que l’héroïne engloutisse tout et que ne subsiste plus que des souvenirs. Pour payer leurs doses, Patrick se met alors à braquer des banques et des distributeurs de billets de San Francisco à Los Angeles, en passant par Las Vegas dont il dit :

« C’est le genre de soleil qui délave tout. Qui épuise toutes les couleurs et les transforme en leur propre reflet fané. Qui frappe, sans relâche, sur quiconque ose s’aventurer à l’extérieur. Peau brûlée, pelée, soif insatiable, l’air chargé de poussière dessèche la gorge et abrutit l’esprit.

On est dans le désert, après tout. »

Made in Canada de Matthew Firth,

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Made in Canada se présente comme un recueil de nouvelles, il est le fruit d’une sélection opérée par l’éditeur. D’ailleurs, éditeur, Matthew Firth l’est lui-même, sa revue Front&Centre, est réputée pour avoir publié² nombre d’écrivains sulfureux (avec un excellente découverte : Joël Williams). Bien qu’il le récuse, il est difficile de ne pas voir en Firth une sorte de fils spirituel canadien de Bukowski. Incapable d’établir ou non des similitudes stylistiques, la récurrence des thèmes abordés et leurs traitements ne laissent pourtant pas place à l’équivoque sur cette comparaison.

Des personnages crédibles et bien souvent obnubilés par le sexe se retrouvent tout au long des nouvelles dans des situations absurdes. Une préférence peut être pour la nouvelle « Sex friends » qui met en scène un quarantenaire obsédé par sa nouvelle et jeune voisine, rarement aguicheuse, souvent tranchante. Coincé dans son studio miteux, guettant le moindre bruit provenant de l’appartement voisin, il passera du coup de foudre à la jalousie, rongé par la colère, l’incompréhension et le désespoir.

Pas de saison pour l’enfer de Kent Anderson,

pas de saison« La mort se baladait dans la maison. Par curiosité, c’est tout. Elle venait de descendre au sous-sol et chantait faux dans la pénombre, elle ouvrait des placards et tiroirs, lisait le vieux courrier. Je l’ai entendue ouvrir puis refermer la porte d’un meuble. Dans le ciel, bien au-delà des préoccupations du vent et de la terre, la constellation d’Orion, immense et magnifique, battait la mesure. Je n’avais nulle part où aller sinon le passé. »

J’avais lu le mythique roman Sympathy for the Devil, qui pour parler franchement ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. C’est donc à tatillon que j’ai ouvert cet ouvrage d’Anderson qui reprend une série de récits inédits. Alors oui Kent est toujours hanté par la guerre, mais tout y est plus latent. En lui semble sommeiller, comme en stase, un génie poétique qui n’émerge qu’à proximité de la violence. J’ai trouvé ce texte bien meilleur que le livre qui a fait le succès de l’auteur, une apothéose de l’œuvre, peut être moins cohérent à première vue mais que l’on sent écrit sur des charbons ardents, à bride abattue, saisissant avec virtuosité les émotions qui le traversent.

« Dans toutes les guerres, les soldats les meilleurs sont ceux qui se considèrent comme déjà morts. Si, d’une façon ou d’une autre, ils s’en tirent, le reste de leur longue vie demeurera un mystère et une malédiction. »

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