13E NOTE EDITIONS

13e note 2

Il en est des auteurs qui trempent la plume dans l’encre pour composer leurs récits : grandes sagas familiales, épopées historiques, thrillers haletants et page turner à l’efficacité redoutable. Généralement, cette espèce voyage en groupe, veillant à rester sur les grands axes bitumés, traversant sans heurt l’existence. Une existence qui, chez les spécimens les plus chevronnés, se fait longue et heureuse. Pourtant, si l’on prend la peine de s’aventurer par les chemins de traverse, on y croisera de temps à autre quelques prodigieux déjantés. Des auteurs qui à l’encre préfèrent le souffre. Chez qui chaque ligne fait des étincelles, embrasant au passage bon nombre de certitudes des lecteurs. Bienvenue chez un éditeur qui sait différencier l’autofiction du témoignage, bienvenue chez 13èmenote. En bons astrologues, l’équipe de 13ème note parvient à repérer ceux qui de tous les astres sont les plus mystérieux et les plus rares : les étoiles filantes.

Hold-Up de Patrick O’NEIL,

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« Les braquages de banques sont des saloperies. Même lorsque c’est moi qui suis au volant, j’ai une telle décharge d’adrénaline qu’après je plane pendant des heures. Être à l’intérieur, c’est encore pire. On est complètement survolté. Tous ces gens qui vous fixent, terrifiés comme pas possible – il faut maîtriser parfaitement son comportement intimidant pour garder le contrôle de la situation. Ça c’est de la performance d’acteur, bébé ! »

Hold-up, c’est l’histoire largement autobiographique de l’auteur, lui et Jenny, fou d’amour, junkies notoires toujours fauchés, héroïnomanes sans cesse sur la brèche. Tout le livre transpire d’un romantisme brut, entrecoupé des réminiscences de sa jeunesse jusqu’à ce que l’héroïne engloutisse tout et que ne subsiste plus que des souvenirs. Pour payer leurs doses, Patrick se met alors à braquer des banques et des distributeurs de billets de San Francisco à Los Angeles, en passant par Las Vegas dont il dit :

« C’est le genre de soleil qui délave tout. Qui épuise toutes les couleurs et les transforme en leur propre reflet fané. Qui frappe, sans relâche, sur quiconque ose s’aventurer à l’extérieur. Peau brûlée, pelée, soif insatiable, l’air chargé de poussière dessèche la gorge et abrutit l’esprit.

On est dans le désert, après tout. »

Made in Canada de Matthew Firth,

made in canada

Made in Canada se présente comme un recueil de nouvelles, il est le fruit d’une sélection opérée par l’éditeur. D’ailleurs, éditeur, Matthew Firth l’est lui-même, sa revue Front&Centre, est réputée pour avoir publié² nombre d’écrivains sulfureux (avec un excellente découverte : Joël Williams). Bien qu’il le récuse, il est difficile de ne pas voir en Firth une sorte de fils spirituel canadien de Bukowski. Incapable d’établir ou non des similitudes stylistiques, la récurrence des thèmes abordés et leurs traitements ne laissent pourtant pas place à l’équivoque sur cette comparaison.

Des personnages crédibles et bien souvent obnubilés par le sexe se retrouvent tout au long des nouvelles dans des situations absurdes. Une préférence peut être pour la nouvelle « Sex friends » qui met en scène un quarantenaire obsédé par sa nouvelle et jeune voisine, rarement aguicheuse, souvent tranchante. Coincé dans son studio miteux, guettant le moindre bruit provenant de l’appartement voisin, il passera du coup de foudre à la jalousie, rongé par la colère, l’incompréhension et le désespoir.

Pas de saison pour l’enfer de Kent Anderson,

pas de saison« La mort se baladait dans la maison. Par curiosité, c’est tout. Elle venait de descendre au sous-sol et chantait faux dans la pénombre, elle ouvrait des placards et tiroirs, lisait le vieux courrier. Je l’ai entendue ouvrir puis refermer la porte d’un meuble. Dans le ciel, bien au-delà des préoccupations du vent et de la terre, la constellation d’Orion, immense et magnifique, battait la mesure. Je n’avais nulle part où aller sinon le passé. »

J’avais lu le mythique roman Sympathy for the Devil, qui pour parler franchement ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. C’est donc à tatillon que j’ai ouvert cet ouvrage d’Anderson qui reprend une série de récits inédits. Alors oui Kent est toujours hanté par la guerre, mais tout y est plus latent. En lui semble sommeiller, comme en stase, un génie poétique qui n’émerge qu’à proximité de la violence. J’ai trouvé ce texte bien meilleur que le livre qui a fait le succès de l’auteur, une apothéose de l’œuvre, peut être moins cohérent à première vue mais que l’on sent écrit sur des charbons ardents, à bride abattue, saisissant avec virtuosité les émotions qui le traversent.

« Dans toutes les guerres, les soldats les meilleurs sont ceux qui se considèrent comme déjà morts. Si, d’une façon ou d’une autre, ils s’en tirent, le reste de leur longue vie demeurera un mystère et une malédiction. »

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