Correspondances Vita/Virginia

« […] de petites poignées de neige en Allemagne, de neige plus étendue en Pologne, de neige partout en Russie. De noires forêts de sapins courbées par la neige ; des paysans vêtus de peaux de moutons ; des traineaux ; des rivières vertes et glauques figées en blocs de glace. Tout cela très beau et interminablement mélancolique. Imagine un peu la vie dans un pays comme ça, on doit se prendre pour un malheureux petit point noir en plein milieu d’une plate blancheur s’étendant à l’horizon jusqu’en chine. Et puis voilà Moscou, avec ses toits dorés, verts, rouges, bleus au-dessus de la neige ; et l’écarlate drapeau soviétique, éclairé par en dessous, la nuit, exactement comme dans les colonnes de Selfridge, flottant au dessus du Kremlin ; et toute cette circulation allant et venant sur le fleuve gelé comme si c’était un route ; et tous ces traîneaux partout, et ces cochers emmitouflés de paille »

vita

La problématique liée à la publication des correspondances fait partie des récurrences de l’histoire de la littérature. Faut-il ou non les publier ? Est-ce plus qu’une simple incursion dans la vie privée ? Comment moi, simple lecteur, puis-je m’emparer de ce substrat ô combien personnel pour le transfigurer en construction plus vaste. Toutes les correspondances d’auteurs contiennent-elles une substantielle moelle saisissable, viable en dehors de tout procédé épistolaire ?

Pourtant, la présente correspondance entre Virginia Woolf et Vita Sackville-West dissipe immédiatement l’équivoque à cet égard : une indéfectible amitié lie ces deux anglaises, qui, toute leurs vies durant  partageront petites et grandes histoires par encre interposée. Sackville-West n’oubliera jamais de s’enquérir de la bonne santé de son amie et lui contera ses voyages. Cette correspondance peut s’enorgueillir de receler en elle nombre de descriptions de paysages laissés par Sackville-West. On s’imagine Virginia transportée par ces récits, elle-même qui se débat avec ses démons qui feront d’elle la grande romancière de son temps. L’acide fresque de la société anglaise de l’avant-guerre permet quant à elle de prendre la température de toute une époque et d’entrevoir le recul ironique qu’en ont nos deux protagonistes.

Les discussions autour de Proust ou Gide restent pour ma part anecdotiques sans pour autant manquer d’intérêt. Je retiens de cet ouvrage que Vita S.W est dotée d’un talent épistolaire de premier plan dont l’exégèse n’aurait pu se passer.

C’est en 1922 que Virginia Woolf rencontre Vita S.W pour la première fois. Vingt et un an plus tard, Virginia se suicidait en remplissant ses poches de cailloux avant de se jeter dans l’Ouse. De cette histoire, la correspondance nous en conte l’entre-deux. Et c’est toute une époque que l’on revisite à travers elle.

« Je continue de penser que j’aurais pu la sauver si seulement j’avais été sur place et si j’avais pu savoir l’état d’esprit vers lequel elle évoluait »                               

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