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Avril 2013 : Meilleures ventes littérature.

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Limonov

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Si vous étiez passés à côté du prix Renaudot l’année passée, c’est l’occasion de vous rattraper puisque « Limonov » d’Emmanuel Carrère sort enfin en poche.

Je vais vous épargner tout commentaire inutile pour un livre maintes fois chroniqué, un avis de plus ne changera rien au fait que nous parlons ici d’un récit qu’il faut lire. Dans ce roman, à mi-chemin entre la biographie et le reportage, l’auteur abandonne le cercle de l’intime qui paraissait lui tenir à cœur pour une dimension plus historique en retraçant la vie d’Edouard Limonov. Délinquant notoire en Ukraine, poète underground en URSS, clochard à Manhattan puis valet de chambre d’un milliardaire. Il deviendra un temps l’écrivain branché du tout Paris, on le retrouvera plus tard en pleine guerre des Balkans du côté Serbe puis comme patriarche d’un parti rouge-brun en Russie, candidat à la présidentielle Russe.

Si avec ce nouveau roman je pense avoir approché d’un peu plus près à la personnalité extravagante d’Edouard Limonov, il n’en va pas de même pour Emmanuel Carrère. Cet auteur, russophile, reste plus mystérieux qu’il n’y parait. Très souvent, je trouve qu’il pêche par excès de naturalisme, les multiples et longues digressions narratives ont sur moi un effet soporifique. Sauf que les personnalités décrites par Carrère sont à ce point atypiques, que le contraste avec cette écriture tout en contrôle crée une alchimie qui fonctionne. D’où l’importance du choix du sujet. C’est le principe du rayonnement, les corps chauds donnent plus de photons qu’ils n’en reçoivent, offrant à l’auteur une matière inépuisable et grandiloquente qu’il se presse de refroidir et d’ajuster.

Une fresque réussie de la seconde moitié du XXème siècle à travers le prisme d’une personnalité hors du commun, qui n’attire que peu la sympathie mais ne manquera pas de vous fasciner.

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Des adhésifs dans le monde moderne

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J’adhère volontiers au scepticisme, l’engouement suscité par la vive recommandation d’un camarade lecteur laisse bien vite place à la circonspection : dois-je vraiment lire ce livre? Le temps consacré en vaut-il la chandelle ? Le choix est plus cornélien qu’il n’y parait. Le temps n’est jamais rassasié, tandis que moi, niveau lecture, je suis loin de la malnutrition. Alors pourquoi ne pas simplement le condamner à croupir au fond d’une bibliothèque poussiéreuse et sortir prendre le soleil, un sourire béat à la commissure des lèvres ?

La réponse pourrait donner lieu à un débat hautement philosophique, sauf qu’en l’occurrence, un coup d’œil à la fenêtre suffit pour comprendre que pour l’après-midi au soleil, il faudra repasser. Mais si le printemps se fait désirer, il n’en va pas de même pour les bons livres.

Bref, pull, feu de bois, bouillotte et Des adhésifs dans le monde moderne de Marina Lewycka.

« La première fois que j’ai rencontré Wonder Boy, il m’a pissé dessus. Sans doute voulait-il me mettre en garde, ce qui était plutôt perspicace si l’on songe à ce qui est arrivé par la suite. »

Un préambule en guise d’avertissement : vous qui entrez ici, abandonnez toute morosité. Georgie tente –vainement, il va s’en dire- de se dépêtrer dans une existence dont elle n’a plus le contrôle. Son mari vient de la quitter, et les relations avec son fils Ben paraissent s’étioler un peu plus chaque jour. C’est ce moment que choisit Mrs Sharipo pour s’immiscer dans son quotidien. D’un âge avancé, cette vieille dame excentrique habite seule dans une maison voisine. Enfin seule, à l’exception des sept chats malodorants qui se complaisent dans cette immense bâtisse qu’ils garnissent de leurs déjections. Alors quand Mrs Shapiro est admise d’urgence à l’hôpital, c’est Georgie qui se charge d’aller les nourrir. Ce faisant, elle exhume peu à peu le passé romanesque de Mrs Sharipo, un passé dont l’intéressée ne veut plus entendre parler.

Un roman légèrement décalé, mené tambour battant et d’une efficacité redoutable. Mention spéciale à Sabine Porte pour la traduction.

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Mars 2013 : Meilleures ventes littérature.

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Auriez-vous crié “Heil Hitler” ?

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Une fois n’est pas coutume, nous souhaitons mettre en avant un essai historique : « Auriez-vous crié Heil Hitler » de François Roux aux éditions Max Milo. Historien de formation, l’auteur est avant tout un spécialiste de la soumission à l’autorité, du rapport excessivement complexe qu’entretient l’individu avec la contrainte.

Le livre retrace l’histoire de l’Allemagne en débutant à la fin de la grande guerre et s’arrête en 1945 avec la défaite allemande. L’atmosphère de guerre civile qui ensanglante le pays avant l’arrivée d’Hitler est excessivement bien retranscrite. Avec force de sources et d’arguments, Mr Roux démontre comment les corps francs présents dès 1918 on fait office de réservoir à militants pour le parti nazi une dizaine d’années plus tard. L’Allemagne belliqueuse de Bismarck, l’expansion du communisme et le Traité de Versailles sont aussi invoqués parmi les multiples causes qui ont conduit à l’arrivée d’Hitler au pouvoir.

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Jusqu’ici, cet immense panorama historique a tout du déjà-vu (et revu !), ce qui en soi n’est pas totalement faux. Mais l’originalité de l’ouvrage n’est pas à rechercher dans son thème mais bien dans sa démarche historique : ce qui fait toute sa force, c’est la place prépondérante qu’il accorde aux témoignages. L’histoire est ici abordée au prisme de l’individu qui, seul, se voit un jour confronté à ce choix décisif : la collaboration ou la révolte. Après lecture (âmes sensibles s’abstenir, le monstre fait 893 pages et réclame une lecture attentive), on en vient à se poser cette question : et nous, comment aurions-nous réagi face à la montée en puissance d’un régime totalitaire qui va faire du XXème siècle la période la plus meurtrière de l’histoire ? Serions-nous capable de nous révolter après des années d’humiliations et de privations corrélées à une crise économique et politique majeure ? La question reste en suspens et bien présomptueux est celui qui se targue de pouvoir y répondre avec certitude.

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Avril le poisson rouge.

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Avril est du genre baroudeur, le style de poisson qui n’a pas froid aux nageoires quand il s’agit de traverser l’océan une meute de requins à ses trousses. Pas du genre non plus à se dégonfler la vessie natatoire à la première contrariété. Le problème est qu’Avril n’a rien du saumon sauvage qui remonte la rivière déchaînée pour frayer, non, il est plutôt poisson rouge, en bocal de surcroît. Alors, il rêve de liberté, s’imagine pirate ou dompteur de bêtes sauvages. Mais un jour, Avril a une grande idée qui risque bien de changer sa vie…

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Un album des plus drôles, avec un personnage attachant et une histoire décalée qui ne va pas faire rire que les enfants.

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BLAST

Je pèse lourd. Des tonnes. Alliage écrasant de lard et d’espoirs défaits, je bute sur chaque pierre du chemin. Je tombe et me relève, et tombe encore. Je pèse lourd, ancré au sol, écrasé de pesanteur. Atlas aberrant, je traîne le monde derrière moi. Je pèse lourd. Pire qu’un cheval de trait. Pire qu’un char d’assaut. Je pèse lourd et pourtant, parfois, je vole.

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Les flics veulent savoir, alors ils n’ont d’autres choix de tendre l’oreille aux récits de Polza Mancini. Ils souhaitent parler de ce que Polza a fait à Carole, de toute cette cruauté, pourquoi ? Lui veut remonter à la genèse de l’histoire, de son histoire. Pour la police rompue aux interrogatoires, la partie s’annonce plus rude que prévue. Mancini est un individu singulier, obèse, sale, vagabond  avec pour seul bagage un casier judiciaire chargé, lourd. Avant, il était écrivain, sans cesse à tronquer la réalité, régurgitant le résultat sur des feuilles de papier. Puis il  y eu le « Blast », où du moins c’est ce qu’il affirme. Comment démêler la réalité du délire quand on est face à un suspect qui prétend avoir vécu un bouleversement métaphysique sans précédent, sorte d’éclair de clairvoyance qui, en l’espace d’un instant, vous transcende et vous révèle à vous-même.

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C’est ce « Blast » qui a projeté Polza Mancini sur les routes, arpentant le bitume, se débattant avec sa grasse carcasse imbibée de gin. Chaque jour se succède au précédent avec pour seule nécessité de survivre juste assez  pour pouvoir se détruire un peu plus le lendemain. Sociopathe que plus aucune chaine n’entrave, contemplatif des vertus de l’isolement, sorte d’hologramme bien présent sans jamais l’être vraiment, personnage introspectif en croisade spirituelle, tantôt détraqué pathétique, tantôt marginal flamboyant, Polza est à part. Le personnage mis en scène par Larcenet est si étrange qu’il est difficilement envisageable dans notre réalité, il est plus loin ou plus bas, noyé dans les ténèbres.

La mise en scène est identique à la narration, radicale, passant des blancs les plus éclatants au noir abyssal. Les planches mélangent froideur et mélancolie, offrant une place de choix aux silences. Véritable ode au nihilisme, Larcenet nous présente ici une œuvre sans concession, avec un début déroutant, une conclusion violente et un héros aussi révulsant qu’attachant.

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