Brève anthologie de Science-fiction (Partie 1).

scifi

Longtemps considérée comme un sous genre de niche, paralittéraire et mauvais-genre, la Science-fiction a payé le prix fort son ancrage dans la culture populaire. Si, dès les années 60, le genre fédère un large public, il n’en reste pas moins mis sur le banc d’écart d’une littérature qui se veut « parler des choses qui comptent ». Or, et c’est bien là toute la curiosité de ce rejet, la SF est le style par excellence des « choses qui comptent ». Le XXème a vu émerger quantité d’auteurs de SF et parmi eux, quelques comètes : Asimov, Simak, Bradbury, K Dick, Lovecraft, Orwell, Barjavel … (n’en déplaise aux orthodoxes quant aux deux derniers).

Les vieux briscards de l’espace, habitués à se repérer dans le vide intergalactique, vous diront que j’en oublie au bas mot une dizaine. Si vous êtes capables de faire la différence entre « supersonique » et « hyperespace », d’avance mes excuses de ne pas dire un mot de 2001 L’odyssée de l’espace ou Dune (et HG Wells, Verne, Clarke, Huxley..).

Demain les chiens, Simak.

demain les chiens

Le livre est un recueil de huit nouvelles qui misent bout à bout forment un ensemble cohérent. Des nouvelles, ou plutôt des contes que se transmettent de génération en génération les chiens, des milliers d’années après la disparition de l’humanité. Entre chaque nouvelle, un auteur anonyme évoque les débats qui font rage dans les hautes sphères intellectuelles canines. Bounce est d’avis que seul le chien est une espèce douée d’intelligence, Rover, lui, ne voit dans les contes que des traces mythologiques des anciennes civilisations canines. Tige, enfin, défend la thèse historique : les humains ont existé dans un passé lointain.

La première nouvelle évoque la fin de la cité, grâce à l’agriculture hors-sol et les déplacements accélérés, l’homme n’a plus besoin de vivre en groupe. Ceux qui s’accrochent encore et toujours aux villes ne sont plus que de vieux nostalgiques aux relents passéistes.  John Webster  va se charger de le faire savoir au maire local.

Dans La Tanière, seconde nouvelle, Jérôme Webster, descendant direct de John et éminent médecin exobiologiste, va initier la faute originelle d’un monde en devenir. Son ami philosophe martien, Juwain, tombe malade juste après avoir découvert une nouvelle philosophie qui va faire progresser l’humanité « de mille ans instantanément ». Jérôme est le seul à pouvoir le soigner, mais il est lui-même rongé par l’angoisse des voyages dans l’espace et l’agoraphobie : il n’embarque pas sur la navette et Juwain meurt, emmenant avec lui sa philosophie révolutionnaire.

Bien plus tard, dans les nouvelles qui suivent, les états sont amenés à disparaitre, les robots s’activent, l’humanité découvre que sa perte réside dans son aspiration au bonheur. Les chiens parlent par la grâce des hommes, des mutants rôdent, et chez Simak, le meilleur s’avère bien souvent être le pire. Et ce qui pourrait n’être qu’un empilement d’histoires disparates à première vue bien étrange se transforme en chef-d’œuvre.

Il est difficile d’expliquer ce qui fait de Demain les chiens, un chef d’œuvre. Est-ce son univers onirique sans pareil, cette impression d’être dans un rêve éveillé, la portée philosophique du récit ou ce qu’une confrontation de l’homme à d’autres espèces intelligentes révèle de lui-même ? C’est de la fin de l’humanité dont il est question ici et Simak l’aborde avec douceur et sensibilité, comme si tout cela était normal. Un roman vertigineux, Houellebecq ou (feu) Jacques Sadoul eurent raison de qualifier  Demain les chiens : « Un des rares chefs-d’œuvre de la science-fiction ». Vertigineux !

La Horde du Contrevent, Damasio

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Un livre déroutant, exigeant, inclassable et poétique jusqu’à la moelle. Quelque part, sur une planète inconnue balayée par des vents violents, un groupe de 23 hommes et femmes, la 34ème horde du contrevent, est chargée de trouver la source du vent. Cela fait vingt-huit ans déjà qu’ils sont en route et qu’ils doivent jour après jour « contrer » cette tempête permanente qui cherche à les repousser. La horde est une, à elle seule elle forme une entité vivante presque autonome, ses membres en sont les cellules qui donnent corps à l’ensemble. Pourtant, les personnages qui la composent n’en restent pas moins crédibles et attachants. Tous sont désignés par un signe typographique, entre autre exemple le Traceur, dirigeant de la horde qui se voit attribué le signe de l’oméga.

En fait, pour peu que vous vous y plongiez, la Horde du Contrevent est un roman bouleversant, une grande et fantastique ode à la quête éternelle de vérité qui nous habite tous. Pourtant, lourd de 700 pages, donnant la parole à ses 23 personnages et usant (abusant ?) d’un style complexe, voire fastidieux, ce roman a tout pour faire fuir ses lecteurs. Et si ce n’est pas le cas, dès la centième page dépassée, vous vous accrocherez, vous êtes dans la horde après tout, non ?

Un OVNI dont la première publication n’a même pas dix ans. Une fois le livre refermé, on ne peut qu’éprouver l’impression diffuse d’avoir vécu une incroyable aventure humaine qui en valait plus que la peine. Et si le prix est lourd à payer pour accéder à cette sensation unique (l’autosuffisance stylistique frise parfois l’insupportable), on se dit au final que le jeu en valait la chandelle.

Le Cycle de Fondation, Asimov

Fondation-Asimov

À la base nouvelles éparses, Fondation a depuis gagné en substance avec ses sept livres. Nous sommes des dizaines de milliers d’années dans le futur, l’humanité s’est répandue dans toute la galaxie, elle compose actuellement une immense toile de 25 millions de mondes habités. Soit un milliard de milliard d’habitants. De quoi donner le vertige à l’Empire Galactique qui administre l’ensemble des planètes et de ses habitants.

À l’aube du douzième millénaire de l’ère galactique nait la psychohistoire. Cette nouvelle science, inventée par Hari Seldon, est capable de prédire l’avenir grâce aux mathématiques. Et la sentence est sans pitié pour l’humanité : l’empire s’effondrera et s’ensuivra 30000 années de barbarie. Il est possible de ramener le tout à 1000 ans et pour ça, Hari Seldon à un projet colossal : La Fondation dont le but est de collecter toutes les connaissances humaines.

Mythe fondateur comme son nom l’indique, le cycle d’Isaac Asimov a marqué à tout jamais l’histoire de la SF. À ce titre, le roman fut récompensé par le prix Hugo de « meilleure série de science-fiction de tous les temps ».

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