Et Nietzsche a pleuré

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Aucune discipline n’est si souvent évoquée, et pourtant si peu comprise, que ne l’est la psychanalyse. La philosophie, de son côté, même si elle suscite une curiosité croissante, continue de rebuter les lecteurs par son apparente complexité. Les éditeurs l’ont bien compris et c’est pourquoi sur les étals de la librairie vous trouverez bien souvent des ouvrages de vulgarisation au titre aussi évocateur que : Tout savoir sur la psychanalyse ou encore La Philo en 3 minutes par jour.

Vous vous doutez bien qu’il n’y a strictement rien à retirer de concret de ce genre d’ouvrage et qu’un vague survol de concepts théoriques parviendra à peine à vous rendre intéressant lors d’un dîner entre amis (à la condition de ne pas se faire voler la vedette par un invité adepte de blagues bien grasses).

Tout ceci pour vous dire qu’il existe mieux : les romans d’Irvin Yalom. Car oui, il s’agit bien ici de romans, au suspense digne d’un excellent thriller et qui pourtant nous parlent de séances psychanalytiques ou de philosophie. J’en prends pour exemple cet incroyable livre qu’est Et Nietzsche a pleuré, une savoureuse uchronie dans laquelle Lou Salomé se rend à Vienne pour forcer Josef Breuer, dont les travaux inspirèrent grandement son jeune ami Sigmund Freud,  à prendre en charge Nietzsche. Toute la suite du livre n’est qu’une occasion d’évoquer à la fois la pensée nietzschéenne et les balbutiements des théories échafaudées par Freud quelques années plus tard. Et même si l’auteur se révèle parfois un peu trop partisan, donnant bien souvent le dernier mot à la discipline dont il a fait son métier (professeur émérite en psychiatrie), les informations qu’il distille n’en sont pas moins rigoureuses.

Je ne peux que vous conseiller les nombreux romans d’Irvin Yalom, que ce soit comme porte d’entrée ou simple distraction.

À lire du même auteur : Mensonge sur le divan, Le cas Spinoza, la méthode Schopenhauer.

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Des adhésifs dans le monde moderne

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J’adhère volontiers au scepticisme, l’engouement suscité par la vive recommandation d’un camarade lecteur laisse bien vite place à la circonspection : dois-je vraiment lire ce livre? Le temps consacré en vaut-il la chandelle ? Le choix est plus cornélien qu’il n’y parait. Le temps n’est jamais rassasié, tandis que moi, niveau lecture, je suis loin de la malnutrition. Alors pourquoi ne pas simplement le condamner à croupir au fond d’une bibliothèque poussiéreuse et sortir prendre le soleil, un sourire béat à la commissure des lèvres ?

La réponse pourrait donner lieu à un débat hautement philosophique, sauf qu’en l’occurrence, un coup d’œil à la fenêtre suffit pour comprendre que pour l’après-midi au soleil, il faudra repasser. Mais si le printemps se fait désirer, il n’en va pas de même pour les bons livres.

Bref, pull, feu de bois, bouillotte et Des adhésifs dans le monde moderne de Marina Lewycka.

« La première fois que j’ai rencontré Wonder Boy, il m’a pissé dessus. Sans doute voulait-il me mettre en garde, ce qui était plutôt perspicace si l’on songe à ce qui est arrivé par la suite. »

Un préambule en guise d’avertissement : vous qui entrez ici, abandonnez toute morosité. Georgie tente –vainement, il va s’en dire- de se dépêtrer dans une existence dont elle n’a plus le contrôle. Son mari vient de la quitter, et les relations avec son fils Ben paraissent s’étioler un peu plus chaque jour. C’est ce moment que choisit Mrs Sharipo pour s’immiscer dans son quotidien. D’un âge avancé, cette vieille dame excentrique habite seule dans une maison voisine. Enfin seule, à l’exception des sept chats malodorants qui se complaisent dans cette immense bâtisse qu’ils garnissent de leurs déjections. Alors quand Mrs Shapiro est admise d’urgence à l’hôpital, c’est Georgie qui se charge d’aller les nourrir. Ce faisant, elle exhume peu à peu le passé romanesque de Mrs Sharipo, un passé dont l’intéressée ne veut plus entendre parler.

Un roman légèrement décalé, mené tambour battant et d’une efficacité redoutable. Mention spéciale à Sabine Porte pour la traduction.

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Avril le poisson rouge.

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Avril est du genre baroudeur, le style de poisson qui n’a pas froid aux nageoires quand il s’agit de traverser l’océan une meute de requins à ses trousses. Pas du genre non plus à se dégonfler la vessie natatoire à la première contrariété. Le problème est qu’Avril n’a rien du saumon sauvage qui remonte la rivière déchaînée pour frayer, non, il est plutôt poisson rouge, en bocal de surcroît. Alors, il rêve de liberté, s’imagine pirate ou dompteur de bêtes sauvages. Mais un jour, Avril a une grande idée qui risque bien de changer sa vie…

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Un album des plus drôles, avec un personnage attachant et une histoire décalée qui ne va pas faire rire que les enfants.

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C’est avec un peu d’avance que je vous parle de la parution en poche de Hors de moi de Claire Marin. Ce livre court (85 pages) n’est pas dépourvu d’intérêt.  D’aucuns diront qu’il s’agit là d’un livre à offrir aux médecins et aux patients atteints de maux chroniques, il m’est impossible de leur donner tort. Cependant, résumer ce texte à un témoignage serait ô combien réducteur. À l’opposé des canons du genre qui se complaisent à dire que le roman ne “tombe pas dans le pathos” (expression en vogue dans les salons où l’on propose plus de vingt thés différents), j’irai jusqu’à dire que ce roman, c’est le nectar du pathos au sens hellénique.

Le style est fluide, répétitif comme peuvent l’être les symptômes d’une maladie, obsédant. L’auteur jette un regard lucide sur le rapport à la maladie. Le sien, évidemment, intime, intelligible uniquement pour le porteur en trêve avec l’espoir, résigné. Celui de ses proches, perclus qu’ils sont entre l’inquiétude et l’incompréhension.  Celui du corps médical enfin, pour qui la vie continue, soignant les hommes comme on répare une voiture, en quête perpétuelle de la pièce défectueuse à remplacer.

C’est là qu’est le pathos, car sous ce récit passionné et d’une lucidité en apparence à toute épreuve jaillit l’émotion de l’être fondamentalement seul face à sa souffrance. Une vraie réussite.

Il n’y aura pas de fin heureuse. Autant le savoir d’emblée.

À paraître en poche chez “J’ai lu” le 10/04/2013.

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